Mots clés : Patriotisme constitutionnel, Constitutionnalisme, Constitution, Changement de Constitution, Culturelle constitutionnelle.
Cette étude engage une réflexion sur la réalité du constitutionnalisme en Afrique subsaharienne francophone et propose le patriotisme constitutionnel comme vecteur de sa revitalisation. L’activité constitutionnelle et constituante, telle une promesse non tenue, n’a pas été à la hauteur des ambitions portées par le renouveau du constitutionnalisme des années 1990. Dans un contexte marqué par la multiplication des coups d’État, les révisions effrénées des textes constitutionnels et les pratiques de confiscation du pouvoir politique, le constitutionnalisme suscite à nouveau, et à juste titre, une attention particulière. L’étude démontre que la mobilisation du pouvoir constituant, originaire comme dérivé, peut constituer une illusion d’optique, qui dessert le constitutionnalisme. Elle tend, en effet, à masquer les desseins de confiscation du pouvoir et à déplacer l’attention vers les imperfections et les silences du texte constitutionnel, alors que la préoccupation majeure se situe souvent dans la pratique constitutionnelle et, précisément, dans la propension des gouvernants à s’affranchir de la limitation du pouvoir. Face à cette situation, l’étude propose le patriotisme constitutionnel, entendu comme l’attachement affectif et axiologique des citoyens et de la société à la Constitution, nourrie par les mythes fondateurs. Toutefois, l’étude ne se limite pas à transposer dans l’espace africain subsaharien francophone de thèses habermassiennes liées au concept de patriotisme constitutionnel. Elle prend en considération les particularités sociales et historiques des États africains, notamment le poids des appartenances tribales et ethniques dans la construction de l’identité collective. Elle conçoit ainsi un patriotisme constitutionnel combinant les valeurs de l’État de droit avec les réalités identitaires propres aux sociétés africaines. Ce patriotisme devrait, en définitive, s’enraciner dans une forme de religion civile, dont les expressions varieraient selon l’histoire et les trajectoires propres à chaque État.